témoignage rachat par le sang
"Quand le désert avance... c'est la vie qui s'en va,
la faute à pas de chance ou Dieu qui nous foudroie,
et le désert avance, plus personne ne nous croit
c'est notre déchéance, l'impossible combat,
quand le désert avance, que veux-tu que l'on soit?...
...mais le désert avance, et le sable devient roi qui donc y survivra?
... on meurt d'impuissance... et l'eau n'arrive pas...
...nous n'avons plus le choix...
la nuit tombe sur cette affreuse urgence
et que c'est sur nos tombes que le désert avance...
Dis-leur ce que tu penses, dis-leur ce que tu vois" France Gall
Le désert. Il m'avait fasciné... tant que je n'y avais pas été.
Eh bien, je prends ces paroles au pied de la lettre et je dis,
le désert est beau et mortel
le désert est brulant le jour, très froid la nuit
le désert est mort mais il vit tapis
le désert se tait, pendant que nous hurlons de frayeur
le désert avance, alors que notre vie tombe en esclavage
de ce désert qui a promis et ne tient pas ses promesses
blond comme un enfant innocent
noir comme une nuit sans lune
dangereux pour qui ne le connaît pas
fabuleux dans une oasis, quand elle n'est pas mirage
et puis menteur comme Celui qui
nous a vendu un miroir aux alouettes
pour une goutte de notre sang
Le désert avance, alors que notre vie se meurt en esclavage
Mais quelqu'un peut changer le désert en étang et les terres arides en sources d'eau!
Mon témoignage est écrit depuis le pavillon de l'Hôpital Psychiatrique où j'ai "atterris" après une très grosse tentative de suicide ... manquée.
Ce qui est incompréhensible aux yeux humains, c'est que c'est ma propre main, poussée par je ne sais quoi, qui a appelé le 144. Une première fois, j'ai raccroché et quelques heures après, j'ai appelé. J'étais entre coma et réveil et mon sang était répandu dans tout l'appartement. j'ai passé d'abord plus de 6 semaines à l'hôpital pour opérer, soigner et guérir mes plaies à de multiples endroits de mon corps. Il m'avait fallu 15 jours pour sortir du "coma" et revenir à la vie. Puis il m'a encore fallu 15 jours pour accepter de m'"être loupée". Tous les matins, la première pensée était: m.... je suis encore là!Combien de temps me faudra-t-il pour soigner mes blessures du coeur et de l'esprit?
Puis j'ai été transférée ici, dans ce pavillon "charmant vous verrez, il y a plein d'activités".
8 semaines que je suis là dans un spendide parc qui fait "illusion" pour ceux qui n'habitent pas dans ces murs cloìtrés (c'est comme un peu le quartier chaud ou j'habitais: c'est sympa de s'y promener, l'enfer d'y vivre tous les jours). Les cris de détresse, les hurlements de souffrances psychiques, les délires violents ou suppliants, les ombres qui errent dans les couloirs, passant et repassant toute la journée et sans doute aussi toute la nuit. Les clefs du personnel hospitalier et de la sécurité sont comme évanouis par la grandeur et la splendeur de la nature qui sépare, en fait, les pavillons.. Et le désert continuait d'avancer en moi, au point que les symptomes du début s'empiraient de jour en jour dans ma tête et mon corps handicapé, mutilé toujours plus gravement et en détresse profonde non entendue.
Les stigmates sur mes bras et ailleurs (automutilations, brûlures à la cigarette, récuparation de "matériel" pour le moment où je veux en finir, sous les yeux aveugles des infirmiers) se multipliaient sans aucun mieux.
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Je passais mon temps entre dormir, manger, fumer et pleurer.... aucune lecture possible, aucune "muse" pour l'écriture. Rien. passive, totalement. Je n'attendais qu'une chose: un répis de l'attention des soignants pour me faire du mal.
Eurékâ! disaient les infirmiers à la 5ème semaine: La spécialiste des suicides graves est disponible! le travail va commencer...
Eurékâ? je dirai une aide humaine qui se limite à l'humanité de ma vie, c'est à dire limitée dans l'espace et dans le temps. Combien de fois a-t-on parlé, et quand j'avais bien "les trippes à l'air", elle disait: bien, c'est dommage, on n'a plus le temps pour finir le travail. On reprend la semaine prochaine! Où franchement se trouve l'humanité? J'ai VRAIMENT mis mes trippes à l'air pendant 20h lors de mon suicide. Je sais ce que cela veut dire. Et ici, on fait la même chose avec ma tête!J'ai dit souvent sur le ton de la plaisanterie: Ici, on entre sain de corps et d'esprit, on en sort, SI on sort, malade et détruit. Ca fait bien rire les oiseaux du parc...
La seule chose que je trouvais marrante, c'est de pouvoir FAIRE N'IMPORTE QUOI, DIRE N'IMPORTE QUOI, on ne pouvait pas aller plus bas et comme déjà je ne peux sortir qu'accompagnée, il ne me reste pas tellement de choses à enlever pour me "punir"... Je me suis bien amusée ici pour cela!
Quand quelqu'un propose de "déstigmatiser la psychiatrie", je ne partage pas cet avis: La psychiatrie reste ce qu'elle est: un outil humain, impuissant devant la vraie détresse, celle de l'âme!
et mon désert, il a continué à avancer.
"Quand le désert avance... c'est la vie qui s'en va, la faute à pas de chance ou Dieu qui nous foudroie, c'est notre déchéance, l'impossible combat, qui donc y survivra?
Le sable devient roi... on meurt d'impuissance... et l'eau n'arrive pas... nous n'avons plus le choix... la nuit tombe sur cette affreuse urgence et que c'est sur nos tombes que le désert avance..." (France Gall)
Jusqu'à jeudi dernier, 22 juillet 2010.
Première lueur d'espoir dans le noir. Une amie m'a donné une bonne image:
On a mis une souris dans un box plein d'eau (elle pouvait nager si elle le voulait), mais sans aucune lumière. sombre, noir.
Cette souris est morte en quelques minutes.
Puis on a mis une autre souris (évidemment la première était morte!) dans un box plein d'eau, mêmes conditions, mais avec une faible lumière. Cette souris a nagé.... durant 2 semaines!
jeudi dernier. Papa me dit, en toute simplicité, mais très bien placé:
Tu sais, ceux qui ont une espérance en dehors d'eux, une religion, s'en sortent mieux que ceux qui n'en ont pas... puis il a passé à autre chose, mais j'ai entendu. Depuis jeudi (on est samedi), cette phrase trotte dans ma tête:
- d'abord révoltée, je réagis par un rejet violent: j'ai trop souffert avec "la religion".
Elle m'a castrée, moi, un garçon manqué, elle m'a jugée, trompée, déçue et puis elle m'a abandonnée au plus fort de la tempête. Ma révolte n'a eu d'égal que ma rage de me venger.
- étape "et si..." Quand on est VRAIMENT au fond du trou; qu'on a TOUT tenté même le diable et que la situation s'envenime encore et encore chaque jour, il arrive le moment du "et si...".
Pour moi, ca a été un double "et si...": la phrase de mon père et l'insistance de mon fils à revenir à la foi, même s'il était vraiment TRES maladroit. Sous une douche froide pour calmer mes envies de meurtre contre moi-même, j'ai hurlé "et s'ils avaient raison?" et la révolte s'est réveillée comme un dragon à 7 têtes. L'interrogation a vite été balayée par une culpabilité monstrueuse (c'est le cas de le dire): impossible de revenir, tu es allée trop loin! tu m'appartiens!
et je retombai dans mon désespoir le plus noir à savoir souhaiter maintenant la mort, vraiment.
- Etape "j'abandonne". c'était hier soir. Un homme vomissait dans la poubelle derrière moi... un autre inventait à haute voix des poèmes délirants et noirs comme le fond de la mer, cherchant les mots les plus durs pour préparer son suicide dont il n'arrete pas de faire le plan parfait car ici, vaut mieux ne pas se louper!. Une fille est partie aux urgences parce qu'elle a cassé une ampoule et s'est plantée les morceaux dans une artère. Un autre, rentrant de permission, s'est drogué au LSD, extasi et crack mardi (on est samedi) et il est toujours sous l'effet ou plutot tous les progrès pendants des mois pour retrouver sa tête ont été mis à néant en une nuit.
Une autre fait la grève de la faim et ne se change plus, ne parle plus et boit juste pour se maintenir en vie.
Et tout ça en même temps que moi qui décompensait aussi de pire en pire à cause de l'environnement et de mes questionnements existentiels.
Hier soir, j'ai décidé d'abandonner la lutte et de poser, tel Vercingétorix, mes armes qui sont rébellion, colère et révolte.
OK, j'abandonne: il y a un créateur qui nous veut du bien toujours (non, je ne crois pas qu'il soit mort) et
OK, dans le ciel, les vies se paient par le sang.
J'explique:
quand on fait des pactes, c'est toujours signé de son propre sang. On demande quelque chose à un dieu ou au diable et on signe par son sang.
Et maintenant que je demande ASILE dans le royaume de Dieu, je ne peux être rach etée de mon sang que par SON SANG, celui de Jésus qu'il a versé à la croix pour me sauver. Je le crois et maintenant, je comprends tellement de choses !
Avant, justement ce qui me dégoutait dans la foi en Jésus, c'était qu'on me dise que j'étais rachetée par son sang. beurk! Mais maintenant que JE SUIS ESCLAVE D'UN AUTRE, Dieu doit IMPéRATIVEMENT me racheter par un sang plus "fort" que le mien, plus fort que celui de l'autre: Si Jésus est vraiment Dieu, alors son sang est tout-puissant pour me sortir des griffes de mon propriétaire actuel! Et pas question que l'autre refuse le rachat si je suis décidée à venir sous les ailes protectrices de Jésus: il est TOUT PUISSANT et c'est Lui qui commande toute chose, y compris les rachats.
Voilà. Nous sommes samedi soir. Mon coeur est totalement en paix. Je vis ce désert terriblement mal, mais maintenant, depuis cet après-midi, j'ai la "manne" du matin. Je sais que le combat n'est jamais fini, mais comme Paul, j'aimerai, à la fin de ma vie dire: j'ai combattu le bon combat, celui de la foi.
Ce que j'espère concrètement maintenant: que le désert n'avance plus devant et sous mes pas, mais que je marche, en compagnie, pour trouver la sortie et faire comme il le voudra et en fonction de mes compétences et expériences de la vie et de la mort!
Merci à toi. merci à vous.
Mathilde ("forte dans son combat")
