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même si je dois mourir - Monsieur M. 3 ème partie (fin)

par mathilde

publié dans reportage lilas

 

avenirJ'ai travaillé dur TOUTE ma vie, j'ai tout donné, tout M'sieur! On m'a volé ici!

On m'a dit ici:"Vous avez mal compris, vous être SOURD!"

ALORS, vous voyez, vous pouvez l'appeler la sécurité! J'veux plus rien savoir! (on sent de la rage grandissante)

MOI, je veux me sentir libre toute la journée, PARCE QUE JE N'AI FAIT AUCUN MAL

 

 

- Je retrouve, suite à ce sentiment de profonde injustice, une IMMENSE COLèRE qui n'est ni entendue, ni écoutée... et en plus on le traite de sourd! c'est le monde à l'envers. c'est clair que, quand il hurle sa colère face à l'injustice, il n'entend plus rien et fait un monologue, mais c'est sa dernière cartouche! et si on écoute vraiment son discours, il est dans l'ensemble cohérent... mais évidemment, on le prend pour un dérangé parce qu'il gueule un monologue. Pourquoi? cela peut simplement être pour qu'il y aie des témoins et cela le soulage. T'en fais pas M. je passe le message plus loin!

 

- C'est un homme qui a presque l'âge de la retraite, ayant travaillé toute sa vie dur (faits confirmés) et maintenant, alors qu'il mérite le respect, on l'enferme, le privant de ce qui lui était le plus cher: la liberté à n'importe quel prix, y compris au prix de vivre dans la rue!

d'autre part, certains infirmiers infantilisent et c'est terrible. Moi aussi j'en souffre souvent. Ils/elles nous traitent comme si on avait 4 ans: vous avez pris votre douche? allez changer votre t-shirt, il y a une tache, allez ranger votre chambre, etc.... Ou l'encourage-t-on à une quelconque minuscule petite estime de soi???

 

M. a été maltraité souvent dit-il (contraint par force , bousculé et jeté par terre - j'en suis témoin direct -) PARCE QU'IL EST EN COLèRE. S'il en arrive à crier avec force sa souffrance (que je partage en bien des points de vues), c'est qu'il n'est PAS PRIS AU SERIEUX quand il est calme et qu'il collabore. Du coup, sa colère augmente de plus en plus ET C'EST LEGITIME à mon avis...

 

 

Mon Dieu! Elle ressemble à ma fille!

(Il file derrière elle avec espoir et angoisse) - Attends-moi! Attends-moi! (beaucoup d'émotions dans la voix)

(il la rattrape) Oh pardon Mademoiselle! Ma fille était plus mince que vous...Excusez-moi

- je retrouve le sentiment d'abandon concernant ses enfants, dans les 2 sens. Il ne ressent plus aucune fierté et s'en fout d'être maltraité car l'amour de ses enfants est plus important que tout pour lui. Dans le passé, il s'est peut-être trouvé dans la rue, "ivrogne invétéré"  ou "camé" infecté par le HIV,  et malgré les nombreuses cures , il a abandonné ses responsabilités de père. Oh ce n'était pas volontaire non! mais la vie a passé, ses enfants ont grandi sans lui à leur côté. Il ont fini par être habitués, mais non peut-être pas pu pardonner? Et maintenant qu'il est soigné, il s'en rend compte! Quelle horreur! bonjour la culpabilité en pleine figure, d'un coup, atterrir et comprendre... il est trop tard pour rattraper ce qui n'a pas pu être vécu dans le passé. Mais la conscience que l'on retrouve après des années d'errance, c'est vraiment terrible. Les cauchemars ou l'on crie qu'on est là mais personne ne nous voit...Trop tard! dit le lapin dans Alice aux pays des merveilles.


 J'te ments pas! j'te jure! J'peux pas subir de rester seul....
 

J'ai rien contre vous M'sieur. J'te jure, si je dis c'que j'sais, l'l'hôpital peut être fermé!

 

- je retrouve le sentiment "d'avoir essayé" d'être compliant et acteur de sa guérison ou du moins de son mieux être...en faisant confiance aux Institutions. Le plus terrible, c'est quand elles nous ont bernée avec des promesses lorsqu'on est dehors et, dès qu'on est dedans, c'est totalement différent.  Mais ce Don Quichotte là (notre ami qui a parlé au début) se bat contre les moulins de l'injustice avec pour seule arme la colère et la rébellion...soupir. Alors arrive un moment fatidique:

Accepter de ne PLUS essayer de faire confiance car on ne PEUT changer les Institutions et surtout celle-ci! Lâcher prise et ne plus subir est un pas vers le mieux TRËS DUR à vivre.... surtout quand, dans notre système de fonctionnement de la personnalité, on a l'habitude de se battre contre des moulins...

J'veu aller à la cure (la chapelle), dans une église, y z'onts pas l'droit d'rentrer. J'suis pas baptisé mais vous pourrez pas rentrer....

 

- Je rejoins son sentiment d'enfermement. C'est assez paradoxale: un magnifique parc très bien entretenu ou se cachent des pavillons ou des batisses qui vont bien dans le décor. Mais attention, ceci n'est que le décor d'une immense comédie politico-institutionnel... et quoi? derrière le magnifique décor, des âmes souffrantes, des âmes errantes ou prisonnières du diagnostic d'un médecin ou l'autre.

Ca sent très fort la prison parfois! Ici, on perd au moins 2 choses: la liberté et la responsabilité de sa vie ou de sa mort. Le "cadre" n'est pas celui qu'on croit: ce terme ici veut dire les droits et non-droits de sortir, seul ou accompagné, ou et quand, avec ou sans contrat horaire etc. Si on respecte les engagements pris, le cadre s'ouvre petit à petit, sinon... au revoir les sorties, même sur le domaine!

 

IL souhaite tellement fort revoir sa fille qu'il la voit en une autre jeune fille qui passe... c'est terriblement émouvant ce passage! Il voudrait lui parler, tout recommencer, mais bien cette fois. Il aspire à être pardonné, raccommodé, gracié. comme je peux le comprendre! C'est un sentiment tellement déchirant à l'intérieur. Il n'est pas fou, il souffre de son passé douloureux. Il ne fait plus la différence entre son passé et son présent. Tout est mélangé parce que la réalité du présent (séparation) est trop difficile à regarder en face...

 

et moi... je fais pareil dans le pavillon ou je suis: j'ai transféré inconsciemment d'abord puis totalement consciemment mon amour de mère sur certains jeunes du pavillon qui "pourraient" être mes enfants. Et ils se laissent aimer, toucher (calins de mère), ils jouent le jeu mais pour tous, c'est un leurre! Je ne suis pas leur mère et ils ne sont pas mes enfants.

 

Finalement, M. veut chercher un refuge sûr. Il ne se sent pas en sécurité ici.

Seul lieu en vue: la chapelle. et moi, ne suis-je pas aussi attirée par l'idée que la religion peut, sinon me sauver, du moins m'aider dans les moments de grande solitude intérieure. Combien de fois ai-je senti ce vide si vide, si plein de "à quoi je sers?" ou de "personne ne s'intéresse à moi"?

Religion, vie spirituelle riche, harmonie intérieure, rééquilibrage de sa vie...

c'est tout l'enjeu de mon séjour, un temps de mise à part ou j'ai vraiment le droit de penser à moi pour mieux fonctionner après.

 

Merci M., vous m'avez donné beaucoup à penser et finallement, la page est plutot bien remplie hein?

Allez mon gars, maintenant ton histoire, elle circule sur le net et tu n'es plus un inconnu victime, mais un grand Monsieur qui survit dans un monde qui ne sait malheureusement plus pardonner et offrir une seconde chance à quelqu'un qui s'est, un jour, trompé de chemin de vie. Merci

 

Mathilde et son dragon

 

 

 

 

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