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les 5 portes - espérance des clés

par mathilde

publié dans la flamme de Mathilde

Tranquillement affalée dans un fauteuil profond et confortable au fond d'un restaurant très sympa dans mon bronx, je sirote une petite bière avec plaisir. J'observe. Qu'ai-je d'autre à faire là en ce moment? mais chacun est occupé à discuter ou à rigoler.
Alors  je me tourne vers le fourneau installé tout près de moi. En regardant le feu crépiter, je réfléchis, prête à enregistrer mes pensées parfois utiles pour mon écriture.... merci mon dictaphone.

Le restaurant s'appelle les 5 portes. Ca m'inspire.

Soupir. Oui, je connais 5 portes à passer quand on souffre... Allez, je m'envole dans mes pensées... on dirait qu'il n'y a plus personne dans le bistrot.

Je vois la première porte: SOUFFRANCE/DOULEURS
. Je prends le trousseau de clés à ma disposition. Le verrou ne s'est pas ouvert à la première tentative, non. Il a fallu des mois pour faire la part des choses entre douleurs physiques bien présentes et souffrances morales liées à ces maux. Des mois? je dirai même plus, quelques années. Comment vraiment décrire ces souffrances morales? l'impression terrible que personne ne comprend mes douleurs. Et c'est normal: personne n'est dans mon corps... quand j'ai enfin compris cela, j'ai pu progressivement accepter la réaction des autres (aurai-je faire mieux à leur place?)  et ne plus leur en vouloir.
Alors le verrou de la première porte a grincé et s'est ouverte.

J'entre alors dans une nouvelle salle, très différente de la précédente, moins noir peut-être. Quoi que...

J'observe autour de moi et
je découvre la 2ème porte: REVOLTE ET PROVOCATION
La salle ressemble à une pièce capitonnée, On s'y sent en prison. Le sentiment d'injustice est exaspéré dans cette pièce. Je tape contre les murs, j'hurle pour qu'on m'entende, je me fais mal pour attirer l'attention, je m'habille de manière provocatrice et mes propos sont amers, durs . Je ne comprends pas l'injustice dans ma vie.Je suis restée enfermée dans cette pièce pendant un certain temps, presque trop ... Et plus je provoquais, plus je hurlais pour qu'on entende, et plus j'étais seule, seule. Seule face à ma douleur incomprise. Pourquoi? Pourquoi????
Et puis j'en suis sortie, regrettant mes gestes, mes paroles et mes attitudes. J'abandonne, c'est pas le bon moyen d'être entourée.
Prête à ouvrir la 3ème porte....maintenant, ca doit être la fin.

Voici la troisième salle. Encore une salle me dis-je? je croyais qu'avec cette étape, tout était fini...Sur la porte est écrit: LE DEUIL
Et je comprends mieux pourquoi la salle est pleine d'eau: ce sont des pleurs amers...
Je me souviens d'une période de ma vie où j'ai affronté mes "démons" du deuil. Je pleurais plus que je n'allais au toilette. véridique. Réaliser que le passé est passé. Il est écrit pour toujours et personne ne peut le modifier, C'EST UN FAIT. Alors j'ai compris qu'il faut accepter la réalité telle qu'elle est et arrêter d'espérer voir se réaliser  une illusion qui ne se réalisera JA-MAIS! Ce n'est pas la vie que j'avais "prévue" pour moi, pourtant, j'y suis. C'est un fait.
Accepter le deuil d'une perte d'emploi, d'une maladie, d'une perte de personnes chères, d'une ambition professionnelle, d'un mariage raté, etc.... La réalité est là. On a le choix: la prendre telle qu'elle est ou la refuser et tenter de corriger le passé...
Un jour, j'ai pu faire le bon choix à mon avis et le verrou de la troisième porte a grincé et s'est ouverte.

Mince... encore une pièce! Une voix entêtante me dit: ACCEPTE!

Pour la première fois, cette salle est plutot accueillante et bien éclairée . Elle est pleine de toute les choses, les pensées et les personnes que j'ai refusé dans ma vie ou que je n'ai pas pardonné. Je comprends immédiatement.
Mais ca veut pas dire que cela me fait plaisir! J'avance et je regarde. Je suis restée drôlement longtemps dans cette salle, c'est qu'il y avait du boulot sans rigoler.
Accepter qu'on peut perdre des amis de longues dates. Accepter qu'on peut perdre sa place dans la société à cause de la maladie. Accepter de demander l'assurance INVALIDITé. Ce mot me faisait bondir au début: Moi? à l'AI? JAMAIS! je travaillerai toute ma vie, mince, je suis au top de ma carrière. Accepter que l'employeur ne veut plus de moi. Accepter la solitude alors que j'ai des besoins tous simples comme faire les courses ou faire le ménage. Accepter de passer d'un appartement assez grand pour accueillir toute ma famille tous les dimanches à une résidence hôtel dans le bronx. Accepter de me séparer de presque tout car l'hotel est meublé. Et la solitude, toujours, celle que je redoutais depuis tant d'années et qui cette fois est présente, voire écrasante. Il faut agir, c'est le temps de l'action....

Mais dans cette pièce, à chaque fois que j'acceptais une situation particulière, je trouvais un moyen pour vivre le mieux possible avec les données actuelles et ma vie s'est améliorée petit à petit.
Et surtout dans cette salle, j'y enfin compris que, moi, oui moi, je devais demander de l'aide extérieure professionnelle. J'estime aujourd'hui a posteriori que j'ai attendu trop longtemps, mais mon orgueil m'en empêchait. J'ai aidé les autres toute ma vie. Eh ben oui, moi aussi je peux et je dois demander de l'aide.
Alors le verrou de la 4ème porte a grincé et s'est ouverte. Voilà, maintenant, tout est réglé, me dis-je en la passant. tout va bien maintenant...

Non?!!! encore une salle! Je n'en crois pas mes yeux: le nom de cette salle: LE CONTENTEMENT
Et bizarrement, je vois partout des oreilles, des yeux, des bouches, des mais. J'apprends à voir, observer les moindres détails de mon quartier. Je vois des souffrances sur les visages; je vois des solitudes qui cherchent un seul contact dans la journée car ils n'ont parlé à personne depuis des jours. Je vois de belles vitrines colorées, bien agencées et dans mon coeur, je remercie celui ou celle qui l'a concue pour le plaisir des yeux. Je lève les yeux sur les bâtiments parfois magnifiques. je pense à l'architecte qui, autrefois l'a conçu par rapport aux gouts de l'époque... et ils n'avaient pas si mauvais goût finallement.... Je goûte le fumet qui se dégage d'un restaurant chinois et j'en jouis simplement en passant.

Mais au bout d'un moment, quelque chose m'intrigue quand même dans ce paradis: il reste encore une porte! mais c'est pas vrai ça!
Je prends mon trousseau et j'essaie la dernière clé non utilisée. Le verrou grince et s'ouvre...

Je suis aveuglée par un rayon de soleil magnifique.
Dès que je passe cette porte, il n'y a plus de salle. Je me retrouve en pleine nature avec un horizon non limité.
Je regarde derrière moi et vois sur la porte: Voici ta délivrance et reçois la Joie que tu as tant aspirée dans ta vie.

Je suis soufflée. Je reste un instant devant ce message personnel si juste.
Puis, lentement, je me tourne vers l'avenir. Mon coeur s'emplit alors d'une joie indicible, une joie qui déborde de mon coeur et remplit mon espace.
J'avance jusqu'à un petit lac paisible. Et je vois...moi... sur un tout petit radeau au milieu du lac... en train d'écrire.
L'expression de mon visage a l'air serein. J'écris sans cesse visiblement  et quand je fais une pause, c'est pour chanter, ou composer une chanson... Je reste ébahi devant ce spectacle de bonheur. Me voilà enfin arrivée!

Je hèle la "moi" sur le radeau et elle lève la tête et me sourit avec amour. Enfin réconciliée avec moi-même, les autres, les circonstances, le passé, le présent, et travaillant avec zêle dans ce qui a toujours été moi... ..Mon grand frère m'avait offert une image qui ressemblait tant à ce que je voyais sous mes yeux. Et comme slogan il était écrit

 DEVIENS CE QUE TU ES.... et j'y suis...

Le serveur me ramène à la réalité: Mademoiselle, voulez-vous boire encore quelque chose?
J'ai souri, payé mon addition et quitté les 5 portes...La joie débordait de mon coeur et ne cesse, malgré tout de déborder à chaque instant... Merci pour ce restaurant qui m'a permi de réaliser le chemin parcouru depuis quelques temps.... jesuis reconnaissante pour cet instant si délicieux....











Je dédie cé texte à Johny, tétraplégique depuis l'âge de 18 ans suite à un accident de plongée. cette femme est maintenant passée les 5 portes, elle est heureuse, indépendante au maximum et mariée... elle donne des conférences d'espoir dans le monde entier depuis des dizaines d'années... Merci Johny

Mathilde, le petit lampion du bronx, 3 mars 2010

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