la route pavée de l'enfer
salut. Le reportage continue aux Lilas. La "fusée" continue à crier et à se mettre fortement en colère depuis 3 jours. c'est insupportable à certains moments.tandis que "donne moi une cloque s'te pla" continue à se faire mal et à se taper la tête contre les murs jusqu'au sang.
Il y a toujours ces ombres comme lobotomisées qui avancent lentement derrière les vitraux.
Ici, à part de rare cas, les gens ne répondent pas ou lancent une seule phrase mais qui en dit long, trop long, comme le silence d'une forêt qui s'exprime à travers les bruissements, les chants d'oiseaux, les nouvelles pousses sur les sapins, etc.. J'ai offert un petit calin à Mimi par exemple en lui disant:
- Tiens, ca c'est pour la route.
Il s'est levé avec peine de sa chaise (il a la soixantaine et souffre d'une hanche). Il lance alors comme dans un souffle,
- cest la route pavée de l'enfer... fin de l'interjection. c'est si triste... je n'ai plus le droit ni l'envie de rester une éponge face aux problèmes d'autruis. Si l'éponge est pleine par les autres, comme serrer l'éponge de mes soucis à moi? et pourtant, quand j'entends "la route pavée de l'enfer*", j'acquiesse car longue est la chute vertigineuse que j'ai vécu ces 18 derniers mois.
En chaise roulante, on sent toutes les moindres bosses ou creux sur le sol que l'on foule... et les pavés sont vraiment les pires surfaces à traverser, les secousses se comptent par milliers et mon dos qui souffre déjà bien assez en pâti très violemment.
On dit généralement, chez les gens non internés (ai-je dit que les internés sont plus fous que ceux qui sont dehors?),
"la route de l'enfer est pavée de bonnes intentions". Mais nous ici, c'est la route qui est un enfer car on ne croit plus aux bonnes intentions.... on ne croit
plus, simplement. Tout va au rythme ralentit de la souffrance intérieure prisonnière de la chimie, au nom de la protection de la personne. Si on n'entre pas perdu en HP, je crois qu'on en sort
marqué à vie. Les riches définitions des plus infimes émotions se sont envolées avec la prise de neuroleptiques puissants. Tout est gris, ni noir ni blanc, juste gris, tout le temps...
Chacun dans le silences de ses souffrances, on se côtoie sans jamais se rencontrer. On a rien à se dire: vu qu'on vit tous les mêmes choses, c'est à dire RIEN, que raconter? Je parle plus avec certains patients à travers you tube...personne n'est là pour les autres, chacun pour soi... on ne peut même pas imaginer la lourdeur jusqu'au fond de la terre en fusion des souffrances aditionnées. Je parle par exemple à "des brindilles" qui pronent, pour certaines la philosophie "Pro Ana". voir la vidéo ci-dessous pour se faire une idée...
les questions existentielles deviennent un SOS vital ici. La bagarre pour garder les pieds sur terre (au moins un....) se décompte de minute en minute. Vivre ou ne pas vivre? Lâcher et choisir de me métamorphoser en un papillon léger qui s'envole vers la lumière, au risque de se brûler les ailes.
Plus on passe de temps ici, plus on s'éloigne des contraintes de la vie "dehors". On se bat simplement pour manger, dormir, sortir de sa chambre pour un groupe et devenir plus petitqu'une fourmi... Mais une fourmi qui a malheureusement perdu le sens de l'orientation et surtout SA fourmilière familière... elle erre, solitaire, cherchant l'air, sans partenaire...
SOS, je cherche une boussole qui tienne la route!
