l'abri ne fête pale moi noeud
ben voilà, c'est un peu le genre de jeux de mots que l'on fai ici, histoire de ne pas trop jouer avec nos maux:
- un gars des pays de l'Est était vraiment à l'Ouest aujourd'hui: parce qu'il n'a droit qu'à une clop toutes les demi-heures, il demande sans arret et ce n'est pas une exagération si on a une cigarette. Mais bon sang, il en a plein... mais il est limité par le personnel soignat... alors, Dinar (nom d'emprunt) qui est ici d'après ce qu'on m'a dit pour remplacer laa tole, il s'ondule lui-meme en se cognant la tete contre les murs et crie ou pleure...
- La fusée comme je la surnomme était en mode décollage, ou plutot déconnage car, comme toujours, c'est la première phrase de la journée qu'elle entend qui la fait délirer. Aujourd'hui, une rage immense l'amenait à crier: mais oui bien sur que j'ai de l'argent et meme de l'or, tout l'or du monde, meme dans les coffre-forts pour guérire ma jambe... et c est à peu près tout ce qu'elle dit en boucle toute la journee... elle a décompensé en fin d'après-midi, ca a doublé les cris, les insultes... il y a deux jours, je l'ai trouvée assise dans le corridor et pleurait vraiment, des larmes et un désespoir terrible.... alors je lui ai offert une oreille semi attentive, mais surtout un regard plein d'amour... que pouvais-je faire de plus?
Je pense plusieurs fois par jour, alors que je reste beaucoup couchée à cause de la douleur au dos, qu'il y a ici 22 patients et 22 solitudes terribles... A part qulques grandes gueules, personne ne parle. tout passe par le regard.... à chacun sa tristesse, ses sacs bien lourds de blessures, sa dépendance, sa maladie, son mutisme qui parle plus que de longs discours: TOUS LE MONDE CRIE AVEC SON CORS ET SES YEUX: J'AI MAL AU COEUR, AU SECOURS!!!!
Oui, c'est la détresse accumulée et non-dite qui est le pire ici. Pour se faire des copains, c'est vraiment difficile. Un jour c'est sympa, un jour c'est terriblement silencieux. J'ai jamais de ma vie subis un silence aussi parlant et lourd qu'ici...
Les ombres passent lentement derrière le vitrail du salon télé principal. On dirait des fantomes au ralenti...
Terrible impression pour moi aussi: ralentie par les médic, je ne suis pas l'ombre de mon ancien moi.
- un autre jeune (moins de 30 ans) a déjà fait plus de 30 séjours ici! il est atteint d'hospitalisme à fond: c'est lui qui cherche toutes les solutions pour rester ou revenir... ca m'impressionne car, meme si jene sui pas pressée, dans le sens que je veux faire le travail correctement et jusq'au bout, j'ai pas envie de revenir...
bon, dodo car demain, ne vous y trompé pa, boulot aussi pour les costaud de l'hosto...
Mathilde
