donner gratuitement? à quoi ca sert?
Mercredi 12 novembre 2008
Donner gratuitement, à quoi ça sert?
Imaginez un repas de groupe où les organisateurs divisent les conviés en deux sous-groupes. Les uns mangeront à table, une belle table joliment
décorée avec des surprises gastronomiques délicieuses, du bon vin et un service parfait. Les autres sont priés de s'asseoir à même le sol et de manger les restes, s'il y en a. Les deux groupes
sont dans la même salle…
Nous avons fait cette expérience avec un groupe d'adolescents conviés à une rencontre à l'église. Bon, il s'agirait d'un repas tiré-des-sacs, mais même dans ce cas de figure, les réactions ne se sont pas faites attendre…
Sentiments d'injustice, culpabilité des conviés à la table qui jetaient des friandises aux pauvres assis parterre, révolte des mis-à-part défavorisés, insultes et incompréhensions… notre but était atteint!
Après un débriefing nécessaire dans ce genre d'expérience, nous avons demandé aux jeunes de lister les privilèges qu'ils reconnaissaient avoir en Suisse: parmi leurs réponses: avoir une maison, de la nourriture, du superflu en abondance (quoi que souvent ils indiquaient que pour eux c'était vital…), des soins médicaux, la paix dans le pays. On aurait pu encore ajouter le droit de vote grâce à la démocratie, le droit à l'éducation généralisée et gratuite, la liberté de culte, d'opinion et d'expression par exemple.
Ensuite, dans une deuxième colonne, nous avons proposé de lister les privilèges des personnes du Tiers-Monde. Ils ont séché un moment (et c'était bien à mon avis)… Ils ont dit que souvent, ils avaient du soleil toute l'année (on ne s'est pas étendu sur le sujet car il y aurait bien à dire et les clichés sont tenaces), qu'ils vivaient de manière plus forte les relations interpersonnelles et de groupes et que la famille avait un tout autre sens et un autre rôle que sous nos latitudes. On aurait pu aussi ajouter l'adage africain connu qui dit: En Europe, vous avez la montre, chez nous, on a le temps...
Apprendre ou découvrir les enjeux des différences de privilèges, c'est aussi se demander si nous "le valons bien" comme dit la publicité pour un shampoing… Méritons-nous nos privilèges? Et eux, méritent-ils de ne pas en avoir? Est-ce une fatalité? Ou pouvons-nous avoir un rôle actif pour un changement profond dans un souci de justice et d'équité?
Dans ce registre, l'Abbé Pierre a été un pionnier de la bataille contre la pauvreté en hiver 1954. Nous avons passé alors un extrait du film sorti en DVD (de Denis Amar avec Lambert Wilson et Claudia Cardinale). C'était l'occasion d'une bonne prise de conscience du problème des démunis dans un monde riche et insouciant. Je vous conseille de le voir si le sujet vous intéresse.
Mais en fait, pourquoi donner? Pourquoi se soucier des autres si on a tout ce qu'il nous faut et même plus?
Chaque personne sur terre a des dons. Soit il en est conscient, et les développe ; soit il n’en est pas ENCORE conscient (la vie va l’amener, s’il est attentif, à découvrir ses dons), et il se sent impuissant face à la pauvreté en tout genre. N’oublions pas que la pauvreté et la détresse est au coin de la rue en ville et particulièrement dans mon Bronx…. (quartier chaud de Genève).
Chacun peut, avec ses dons, ce qu’il est, aidé les plus miséreux. Il n’y a pas que l’argent qui compte, il y a tant de façon d’accompagner dans la souffrance. Par exemple : habitant dans la zone ou la prostitution est presque officielle, les filles sont jour et nuit dehors, par n’importe quel temps. Par exemple, j’habite actuellement dans une « résidence-hotel » mais le 1er étage est réservé pour les passes. Je loue mon studio à un prix raisonnable par rapport au marché… elles, elles payent 7'000.-/mois pour le même studio…. Imaginer le nombre de passe qu’il faut faire juste pour payer la chambre…
Chaque fois que je peux sortir, j’écoute la petite voix en moi qui me montre avec qui parler ce jour-là. J’ai appris, avec le temps que, pour pouvoir parler avec les filles, je dois me mettre à côté d’elle (pas en face pour éviter qu’elle perde un client !). Imaginez mon impression la première fois que je me suis mise à côté d’elle et les regards goulus des hommes qui cherchent une pute !
Une des filles m’a raconté par exemple qu’elle dormait environ 3h par jour, vite fait, en 3 fois, entre 2 passes et en douce car les mac tournent en voiture de luxe pour vérifier que les filles sont bien au « taf » !
une autre fille qui a le même âge que moi (mais elle en paraît sincèrement 20 ans de plus) a été sortie du milieu par un client qui l’a mariée. Elle croyait que l’enfer éétait enfin fini… mais 4 ans plus tard, son mari l’a jetée dehors car il buvait… et elle s’est retrouvée à la rue, et les macs se la sont disputée… elle est montée en grade (dans les maisons closes, il y a toujours une « Madame Claude » qui supervise la maison et rend compte au mac… génial comme promotion : maintenant elle doit en plus faire de la délation !
mais dans une autre discussion, son mépris des hommes étaient devenu ENORME. Elle m’a dit avec un visage aigri et dégoutée : moi, quand je vois un homme passer, je ne vois même pas sa tête, elle voit un billet de 100 balles ! et je l’ai vue aussi après une passe dans un état terrible de souffrance.
Une autre a perdu son protecteur (décédé d’un coup). La mafia du coin lui ont fait la vie dure pour qu’elle puisse obtenir une chambre minable dans un hotel minable… elle doit payer une somme astronomique pour pouvoir exercer… mais le pire, c’est que c’est SA CHAMBRE A COUCHER. C’est SON LIT oû elle tente de dormir en cachette… Je l’ai suivie quelques semaines, j’ai été dans sa chambre, j’ai pleuré avec elle, je l’ai prise dans les bras avec compassion ; puis du jour au lendemain elle a disparue, ne répond plus à son natel…on peut tout imaginer et c’est l’impuissance totale.
Par contre, j’ai donné, avec ce que je suis, tout ce que je pouvais avec mon don d’écoute, de compassion et d’encouragement… et je continue tous les jours où je peux sortir… Je n’ai pas donné d’argent, elles n’en n’ont pas besoin… mais j’ai donné de ma personne, du temps, de l’écoute, de l’amour inconditionnel qui ne juge pas…
Et toi ? connais-tu des gens autour de toi qui souffrent d’une manière ou d’une autre ? TU N’ES PAS IMPUISSANT ! Donne ce que tu as, avec cœur et tu béniras très profondément la personne, je te le garantis.
Il y aura toujours ceux qui se demandent s'ils y a un avantage à donner, s'ils en retirent tout de même quelque chose: A mon avis, chercher à améliorer la condition de ceux qui souffrent ou qui n'ont rien améliore notre estime de soi aussi. Partager, ne pas être égoïstes, faire le bien est un puissant remède contre le sentiment d'impuissance et d'inutilité… Il en est de même lorsqu'on fait un acte de justice tel que donner ou partager. On devient alors capable de partager ce qu’on EST, ce qu’on peut donner, purement gratuitement et par amour inconditionnel.
Et quels sentiments sont liés aux dons gratuit?
Que peut-on faire pour donner gratuitement ici et maintenant?
Donner
Partager ce qu'on a: de notre superflu et de notre nécessaire… c'est toute une philosophie de vie…
Veuillons donc les uns sur les autres avec une entière persévérance, au près comme au loin; dans les petites comme dans les grandes choses, selon ce qui nous a été donné de faire, de dire ou de prier… Mais ne fermons pas les yeux sur l'évidence d'un monde où même la création (la nature) soupire après la manifestation de la gloire de Dieu (La Bible, Epitre aux Romains, chap 8 et verset 22).
Mathilde et son
