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Dis une parole pour retrouver la vie

par mathilde

publié dans la flamme de Mathilde

 

Il y a des jours où la solitude me pèse très fortement: pas une visite, pas un message, pas une personne à qui j’ai parlé... Je me mets alors à faire des hypothèses à court terme: je suis inutile, personne n’a besoin de moi, pour qui compte-je? Je me fais des plans sur la comète pour justement j’y envoyer au plus vite, mais je ne connais pas de moyen rapide et non douloureux pour y arriver... Je m’endors, bourrée de médoc.

Le lendemain est un autre jour: j’ai la joie de rencontrer plein de monde, le natel n’arrête pas de sonner/vibrer et je remplis mon agenda de futurs rendez-vous que j’espère au fond de moi heureux.

Le troisième jour est un jour de souffrance physique. Il faut quand même faire les choses pour lesquelles je me suis engagée. Mais pourquoi CE jour-là ? Quelle peine énorme. Peine pour supporter les douleurs physiques, avancer malgré une énorme fatigue, etc... Mais la joie est présente si je vois du monde, même l’épicière avec qui j’échange quelques mots banals mais essentiels. JE vis pour quelqu’un une seconde, une minute, une heure, une journée, la vie...

 

On raconte que j’ai rencontré un jour, dans mon histoire christico-féérique, un prophète. Il vivait chichement mais avait un serviteur (je pense pour pouvoir partager ses découvertes ou parler tout court, casser la solitude) avec qui il partageait cette vie simple mais riche en méditations. Je suis montée péniblement jusqu’en haut de la montagne gravelonneuse, sèche et parfois un peu escarpée. Mais j’y suis montée tout de même!!! A coup de pousse-toi!, tire-toi!, avance!, ne regarde pas en bas! ne regarde pas en arrière pour regretter le passé! Regarde en arrière pour voir ta progression! Regarde le passé pour en rire, pas pour en pleurer!...

Arrivée auprès de la cabane du prophète, le serviteur me rencontre et m’accueille: Bonjour étrangère, as-tu fait bon voyage? Veux-tu que je te lave les pieds avant d’entrer dans la maison du Maître? Toutes ces petites attentions me touchent énormément parce qu’il ne me dit pas: que veux-tu étrangère? mais il s’enquiert de mon voyage, de mon bien-être avant de poser la question que veux-tu?

 

Moi, ce que je veux? C’est écouter le Maître car j’ai pas mal de soucis dans ma vie en bas. Peut-être aura-t-il. UNE parole qui me réchauffera le coeur? Je ne souhaite pas de grands discours, je n’en retiens que la moitié et encore. Mais UNE juste parole qui me réconforte. J’entre dans la modeste cabane du prophète en prière. Il me tourne le dos et entre lui et moi, il y a un feu de bois. Je m’asseois en tailleur et j’attends. J’attends quoi au fait? qu’il me sourie et me dise tout va bien tu peux retourner chez toi? Non, j’attends UNE parole qui fera une différence entre ma vie d’avant et celle d’après ma rencontre avec lui.

 

J’attends patiemment qu’il se retourne. Il ne le fait pas. Je me remets à faire des hypothèses tristes: il ne veut pas me parler, je ne suis pas intéressante pour lui etc...

Mais au bout d’un moment il me dit: Voyageuse de la Vie, que me veux-tu? Je suis impressionnée. Je... je.... euh. Qu’est-ce que je veux? Une parole d’encouragement pour continuer mon chemin prophète. 

 

Je le sens sourire. Il se tourne et me scrupte entièrement. Aïe! On dirait un scanner qui passe sur tout mon corps, sur toute ma vie.

Silence. Un long silence s’en suivit. Très long pour moi. Pas long pour lui visiblement car il réfléchit. 

 

As-tu déjà eu dans ta vie des petits plaisirs qui t’ont marqués à jamais? Oui dis-je timidement. Je revoyais la naissance de mes enfants, leur éducation, leurs bétises, leurs mots d’amour, leur révolte et nos réconciliations. Je revoyais le temps où j’étais entourrée d’amis sincères qui ne me jugeaient pas à cause de ma maladie. Je revoyais tant de choses positives. Il me dit alors: retrouve-les d’une autre manière. Tu as le potentiel de le faire. Je lui dis que mes enfants m’avaient offert un chaton pour me tenir compagnie. Voilà un petit plaisir journalier. Je lui dis que j’avais des voisines sympas avec qui j’avais lié d’amitié. Voilà un petit plaisir quotidien. Je lui dis que je n’étais pas dans le besoin et que j’apprenais à vivre simplement, sans me révolter. Voilà encore un petit plaisir.

 

Retrouve les petites joies quotidiennes et pour le reste, fais confiance qu’il y aura des améliorations, des solutions, des nouvelles rencontres, de l’énergie pour vivre normalement ou presque.

 

Je quittais le prophète le coeur joyeux.

 

Dans cette petite histoire, je me retrouve entièrement aujourd’hui, le 28 juillet 2011.

 

Mathilde

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