temoignage sur rejet
Jeudi 5 avril 2007
Témoignage sur le rejet
Le sentiment de rejet ? Je connais bien. D’abord venu de l’extérieur, je l’ai intériorisé, puis tout naturellement, je l’ai… provoqué.
Dans ma famille, dès toute petite, on faisait une très grande distinction entre « les filles » et LE garçon (nous sommes deux sœurs et un petit frère). J’ai très vite intégré qu’être une fille ne donnait aucun droit (et j’en suis arrivée à même douter du droit d’exister), mais par contre des devoirs envers les hommes :
Devoir de services : Etre toujours à l’écoute des besoins des hommes, sans rien attendre en retour. J’en suis arrivée à précéder leur demande pour les satisfaire. Toujours à l’affût du moindre besoin, je portais toutes les tâches courantes sans jamais demander ni aide ni compréhension, ni remerciement. Pendant des années (plus de 30 ans), je me voyais (littéralement j’avais cette image) enchaînée à mes tâches, culpabilisée si je ne faisais pas tout tout de suite et parfaitement, alors que l’homme vaquait à ses occupations tranquille, sans se préoccuper de moi. Mes journées ne suffisaient plus à tout faire, la fatigue m’a plusieurs fois conduite à des accidents qui ont pourris ma vie et la pourrissent encore (briser le dos, la hanche et des maux de tête parfois insoutenables). Mais c’était comme cela : Je suis née femme et c’est ma punition…
Devoirs de soumission : Faire ce que l’homme me dit et me taire. Ma mère m’a inculqué cela depuis toute jeune. Elle m’a répété toute mon enfance : La vie est souffrance et silence. Je pensais sincèrement que si mon devoir est de me soumettre (même à des ordres injustes), l’homme avait au moins pour tâche de prendre soin de moi. Malheureusement, ce n’est pas ce que j’ai vécu. J’ai vécu beaucoup de négligence, de mépris dans mes relations et je fais depuis plus de 18 ans des cauchemars très réguliers d’abandon grave. Alors, il y a environ 8 ans, j’ai pris une décision terrible : je ne me soumettrai plus jamais à quiconque ! Cela me vaut aujourd’hui la difficulté quotidienne de me soumettre à Dieu, à mon patron dans ma profession et à toute règle imposée y compris la discipline personnelle.
Devoirs de bonne humeur et de solidité : J’ai appris à cacher mes souffrances, montrer de l’humour et surtout de la solidité. J’ai appris qu’une femme devait souffrir en silence, être hospitalière, accueillante en tout temps, travailleuse (jour et nuit parfois, ca m’est arrivé), encourager les autres qui souffrent, écouter, être créative et inventive quand il n’y a pas d’argent, se contenter et bricoler en tout temps pour que les autres ne remarquent pas la misère qu’il y a derrière.
Devoir d’écoute et de soutien : Les autres ont des besoins ou des soucis, allez je dois les écouter et si possible les aider avec mes faibles moyens, parfois j’ai commis l’erreur de faire à la place de l’autre… encore une charge supplémentaire…
Devoir de renoncement et de prières : J’ai appris à renoncer à toute ambition personnelle pour laisser la place à l’homme… qui par ailleurs ne la prenait pas. J’y ai alors perdu mon appel au service pour Dieu ainsi que toute motivation personnelle à grandir (pourquoi faire ?). J’ai appris à lutter pour les autres dans la prière (ce qui n’est pas un mal en soi, au contraire, mais qui augmentait encore mon sentiment de rejet : Dieu pourvoira aux besoins des autres, moi, je n’ai pas droit puisque je n’ai pas le droit d’avoir des besoins). Nous avions, mon mari et moi, été approchés pour collaborer à une œuvre naissante dans le Sud de la France et devions pour cela déménager. Au début, j’étais plutôt enthousiaste à cette idée ; jusqu’à ce que le pasteur, alors que je faisais une proposition, me dise : Toi, ton rôle sera à genou, pendant que nous serons sur le terrain. Difficile à accepter ! A genou, je le suis souvent, mais limiter mon rôle à la prière était terriblement blessant et décourageant pour moi, une femme de terrain !
Tout cela m’a conduite à vivre de sentiment de rejet à plusieurs niveaux
Rejet d’identité personnelle. Qui suis-je ? qu’est-ce qu’être une femme ? pourquoi suis-je sur terre si ce n’est pour souffrir ? Dieu me punit-il ? J’aurai préféré être un homme, etc.
Rejet d’authenticité et des besoins. Masquer mes sentiments et mes émotions car personne ne les comprend ni ne les écoute. M’oublier moi-même au point de me négliger totalement et de vivre une journée comme « une de moins à vivre sur cette xxx de terre ». Porter le masque qui convient à l’environnement dans lequel j’évolue dans le présent. Sourire alors que mon cœur hurle de souffrances.
Rejet de Dieu et des autres. Que personne ne m’approche. Je ne reste jamais jusqu’au bout de quelque chose ou je trouve des excuses pour m’échapper ou ne pas venir tout simplement : ainsi je n’ai pas à affronter le rejet des autres. Pour moi, vivre des partages de groupe est un supplice.
Rejet et haine de moi-même. Me regarder dans la glace (à part pour faire bonne figure) m’est totalement insupportable. Les périodes d’autodestruction se succédaient en s’empirant.
De ces quatre sentiments de rejet, dont je ne savais pas que faire sinon en souffrir, j’ai pris des décisions de réaction du style rébellion : réagir pour ne pas périr ! Car malgré tout, et très profondément en moi, j’aime la vie. Alors un jour, j’ai encore une fois capitulé devant la lourdeur des devoirs et voyant que je n’étais pas capable d’assumer tout cela, je suis sortie du système : rejetée, j’ai rejeté ; abandonnée, j’ai abandonné mes plus proches ; l’amertume et la haine ont commencé à régner en moi : j’ai pris une décision : plus jamais quelqu’un ne sera mon maître ! J’ai navigué des années en eaux troubles, j’ai testé l’attaque plutôt que la défense, j’ai montré ce que je voulais bien montrer, mais rattrapée par mes émotions les périodes de dépression se sont aggravées jusqu’à tenter de m’ôter la vie par désespoir le plus complet. J’en suis revenue, heureusement et les anges ont eu beaucoup de travail avec moi pour me garder !
Maintenant, je fais une démarche multi-directionnelle pour sortir du rejet :
D’abord avec Dieu : Tous les jours, je proclame que je suis voulue par Dieu, qu’il a des « projets de paix et non de malheur, un avenir et de l’espérance » (Jér. 29.11). Les émotions ne sont pas toujours au rendez-vous, mais j’ai décidé de croire Dieu dans ses promesses pour moi. J’ai reçu des convictions quant à la suite de ma vie et, petit à petit, je décide d’y rentrer avec Son aide. Maintenant, je ne prie plus seulement pour les autres, mais aussi pour mes besoins, c’est un équilibre qui fait énormément de bien car j’ai vu que Dieu répondait aussi bien aux prières pour ceux qu’il m’a confié qu’à celles pour mes propres besoins.
Avec moi-même : J’ai choisi intentionnellement de ne plus me rebeller. Cela implique une démarche de pardon profonde envers ceux qui m’ont blessée pour guérir de l’amertume, une démarche d’acceptation de moi-même en tant que personne qui a de la valeur et une démarche concrète et prise de position contre l’autodestruction et la haine de soi. C’est une visite de mon passé, dans la main de Dieu et qui corrige mes impressions et mes sentiments au fur et à mesure de l’analyse.
Avec les autres : Petit à petit, je me révèle telle que je suis, parfois pleine d’énergie et d’idées novatrices, parfois découragée et au bout du rouleau. J’apprends à ne plus sourire poliment quand je suis en colère et à écouter l’autre par amour et non plus par devoir. Aller vers l’autre pour vivre un vrai contact d’égal à égal, ne plus avoir peur du jugement ni du rejet, me positionner clairement et jouir (c’est nouveau) d’une relation dans les deux sens. Et c’est un bon début, je le vis plutôt bien.
Bien sûr, je n’ai partagé qu’un petit témoignage à ce sujet. Mais si j’en parle, c’est pour donner un exemple concret de la grâce de Dieu dans ma vie. Il peut faire de même dans la tienne et mieux : il VEUT faire de même pour toi. Il a connu toutes les humiliations du monde, tous les rejets du monde (Esaïe 53). Il les a vécu dans sa chair, qui d’autre que Lui peut mieux comprendre nos détresses invisibles aux yeux des hommes ? Non seulement Il a la solution, mais Il est la solution. Fais face à tes sentiments (quels que soient ces sentiments) et marche en nouveauté de vie. Il a des projets de Paix, un avenir et de l’espérance en réserve pour toi aussi.
GlàD
