Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

le langage de l'amour

par mathilde

publié dans la flamme de Mathilde

Témoignage.

C'est l'histoire étrange d'une période difficile de ma vie.

Septembre.

13 septembre. 2001...

 

2 jours que je vois les tours s'effondrer. En boucle. Comme tout le monde.

J'étais alors l'organisatrice d'un colloque international à l'Université. Près du tiers de nos sommités venaient d'Outre-Atlantique. Enfin venaient... auraient du venir. Mon colloque était foutu. Les principaux séminaires prévus étaient pour la plupart annulés. Il fallait en urgence trouver des orateurs suisses ou européens proches qui accepteraient de se déplacer et de donner une conférence sur le sujet. 

Je courais dans tous les sens entre mes employés temporaires qui accueillaient les participants, les téléphones longue distance avec les orateurs malheureux qui regrettaient de ne pas avoir d'avion pour venir et m'assurer de toute la logistique. J'ai travaillé énormément avant ce colloque, y compris le soir. 

 

Le 13 septembre 2001, 7h30: Prete à aller au colloque. Dans ma cuisine. Ma tete commence à trembler violemment et j'ai mal au bras gauche. Je m'inquiète. J'essaie de parler (oui je parle toute seule). Impossible. Aucun son ne sort de ma bouche. Téléphoner au médecin? Comment? 

Alors je prends la voiture et dans cet état, j'arrive chez le médecin de famille. Puis immédiatement après, je m'évanouis dans la salle d'attente. Ambulance. Hopital Cantonal, les urgences... 

Ils constatent bien une dilatation des yeux et mon bras enkylosé. Mais comme le médecin avait écrit que je prenais des antidépresseurs, je quitte les urgences "normales" pour me retrouver aux urgences psy! Aucun examen n'a été effectué à ce moment là...

Là, on me dit: "Parlez Madame!" . Je veux écrire mais on m'enlève la feuille qui est devant moi. JE NE PEUX PAS PARLER! Alors on me met en observation avec une grosse dose de calmant pour dormir. "Vous verrez, après, vous parlerez"...

Après 4 h de sommeil, je me réveille. Toujours rien. Alors on m'envoie dans un centre de thérapie brève (CTB) pour quelques jours. Je suis encore plus choquée. Pourquoi aucun examen alors qu'il y a des signes somatiques? enfin bref. J'ai donné à l'infirmière le numéro de téléphone de mon ami pour l'avertir et lui demander d'avertir mes parents qui étaient en Espagne. 

Comme après quelques jours de CTB ça n'avançait pas, on m'a simplement renvoyé chez moi avec un rendez-vous de psy pour dans une semaine. L'éternité quoi.

Pourtant pendant 4 mois, je n'ai pas pu parler puis pendant 2 mois j'ai bégayé. Mais l'histoire étrange se trouve ici. Le langage de l'amour. vous allez voir pourquoi.

J'ai appris beaucoup de choses sur la psychologie humaine pendant ce temps d'invalidité passagère. 

De plus, j'ai perdu une partie de ma mémoire: je ne savais plus compter (addition, multiplication, etc). J'avais vaguement le souvenir d'avoir des enfants mais je ne me souvenais plus ni si c'étaient des garçons, des filles ou les deux... Angoisses terribles. Pour une formalité simple, on m'a demandé le nom et les dates de naissance de mes enfants, je n'ai pas pu répondre, c'était l'horreur. Le vide total.

Je suis seul dans mon désert. Et pourtant je DOIS communiquer. Alors j'avais un carnet et un crayon autour du cou et quand je voulais "parler", j'écrivais. Au début j'écrivais tous les mots d'une phrase mais avec le temps j'ai appris à ne mettre que les mots clés: "faim! 1 pomme svp merci".

L'étrangeté se trouve dans la relation des autres avec moi: certains hurlaient leurs réponses. J'écrivais que je n'étais pas sourde. D'autres prenaient le crayon et écrivaient leur réponse. Marrant. D'autres encore articulaient à outrance et d'autres enfin réagissaient à peu près normalement après le premier choc.

Je me souviens d'avoir été acheté un parfum avec mon carnet. La dame m'a pris pour une handicapée mentale... j'ai pas bien supporté!

J'ai été travailler. On a juste transféré les appels chez une collègue.

Le plus dur après quelques mois a été qu'un médecin me dise: "vous devriez apprendre le langage des signes" on ne sait pas si vous allez reparler un jour.

Quand j'ai revu les enfants pour la première fois, j'ai tellement pleuré. Je ne les reconnaissais pas. Il était trop dangereux pour eux qu'ils restent un week-end tous seuls avec quelqu'un qui ne peut appeler du secours alors je les ai beaucoup moins vu ou accompagné de leur père.

Après 4 mois de mutisme et alors que je pensais très fort à mes enfants présents, j'ai dit ma première phrase: la force des trois! Je voulais me battre pour eux. C'est la force que me donnaient les 3 enfants qui m'a sorti petit à petit de ce silence terrible. Pendant ces mois, j'ai pu me rendre compte à quel point les mots avaient une valeur unique. Je me suis dit que je ne parlerais plus jamais pour rien dire! Ni de gros mots (ca, je n'ai pas tenu).

Des examens neurologiques ont été enfin fait après 4 mois (dans la même période) et personne ne pouvait expliquer ce silence. Etait-il psychique (syndrome de conversion) ou physique (attaque cérébrale). Personne n'a pu me donner de réponse à cela. J'ai été suivie ensuite par une logopédiste qui m'a réappris à parler en 2 mois. J'arrivais à chuchoter quelques phrases mais pas à les dire à haute voix.

Voilà mon étrange histoire de septembre 2001. Merci mes chers enfants, vous m'avez donné la force des trois pour m'en sortir, une fois de plus...

 

Mathilde, le 20 septembre 2011 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article