le fruit - mur ou mûr?
Mercredi 16 mai 2007
Petite étude du soir, bonsoir !
Le texte ci-dessous m’a mis au défi :
« Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement ; mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain » Ecclésiaste 7, 8
Surprenant au premier abord hein ? En général, on est plein d’enthousiasme lorsqu’on commence une chose, un projet, une idée, une réalisation. Le zèle nous habite. Les idées se bousculent dans la tête… on voudrait déjà en être plus loin… Et on est généralement au bout du rouleau à la fin, souvent découragé. L’adage populaire dit : in cauda venenum (c’est dans la queue que se trouve le venin)… Mais le sage dit, non ! il vaut mieux arriver à la fin que de commencer… pourquoi ?
Entre parenthèses, quand je lis un bon bouquin, vraiment bon, quand j’arrive vers les 2/3, je ralentis la lecture, pour ne pas finir le livre trop vite ! Le plaisir va finir… zut ! et lorsque je tourne la dernière page, je suis triste…
Mais revenons à nos moutons. Le zèle du début s’émousse avec le temps. Comme l’amour. Au début, on ne voit que les bons côtés des choses (ou des gens) et on esquive dans notre esprit les éventuelles difficultés et obstacles. On n’imagine que peu ou prou les tempêtes et les mauvais temps sur notre chemin, les détours qu’il va falloir prendre pour atteindre son but… Seule la joie de la création originale est là et illumine notre face. Oui mais… petit à petit, il y a des surprises et pas toujours de bon goût. Peu à peu, le premier amour et l’énergie se noient dans le quotidien des questions, des problèmes, des soucis et des empêchements. Les uns s’ajoutant aux autres, plusieurs lâchent et abandonnent. Les autres s’accrochent et continuent.
Et puis vient le temps dont parle le texte intéressant du début : le temps de la patience. Patience dans l’épreuve, patience dans la foi, patience dans la persévérance. La patience est souvent sœur jumelle de la souffrance…
Le livre de Jacques (Ja 5.7-11) complète admirablement le texte d’Ecclésiaste : « Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos cœurs… »
Et le verset 11 : « nous disons bienheureux ceux qui ont souffert avec patience »
Ce temps de patience est crucial, décisif même.
Le dictionnaire décrit la patience comme une « aptitude à surmonter avec constance (ou résignation) les maux, les désagréments de l’existence ». Prendre patience signifie attendre sans s’irriter.
Dans un processus d’action, il est surprenant de devoir attendre… Attendre quoi alors ?
Attendre la fin de la tempête, attendre quelqu’un qui n’est pas prêt ou en arrière sur le chemin, attendre une opportunité, attendre une inspiration, attendre le jour pour découvrir notre position exact sur notre route et refaire le point sur une carte, attendre d’avoir récupéré un peu de forces…
La patience est accompagnée de paix intérieure et de foi (confiance). La paix grandit avec l’épreuve, la foi a été construite au début par la conviction et les confirmations… L’espérance que ce qu’on avait dans le cœur au début comme un rêve va bientôt devenir réalité concrète.
Et puis (j’abrège un max) voilà le jour où on termine ce qu’on a entrepris. Parfois des années plus tard… parfois une vie entière consacrée à un rêve, devenant soudain réalité. Le fruit est enfin mûr et c’est l’heure de le cueillir, à notre plus grande satisfaction. La fin d’un projet a ceci de plus que son début : il est réalité et on a lutté pour l’obtenir. On a lutté, souffert, patienté et comme récompense, la satisfaction du travail accompli.
Mais le passage va encore plus loin : mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain. En lien avec le début du passage, ca donne ceci :
Mieux vaut la fin d’une chose avec patience, que son commencement, avec une supériorité méprisante. Oulà ! c’est fort ca !
On ne réinvente pas la roue. Souvent, on croit qu’on est le premier à découvrir quelque chose ou que notre idée est originale. L’orgueil est au rendez-vous les amis… Au début parfois, tout nous est presque comme dû. Je-je-je (et parfois même pour des projets humanitaires ou altruistes). La souffrance, les difficultés vont passer au creuset notre motivation. Certains seront tentés de tirer sur le fruit pour qu’il mûrisse plus vite… D’autres arrêteront d’arroser l’arbre régulièrement et en quantité suffisante… D’autres encore maudiront leur projet et en voudront au ciel et à la terre… Les derniers continueront malgré tout, avec patience et ils auront leur récompense.
L’Ecclésiaste dit encore : « Dieu fait toute chose belle en son temps. Même il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir l’œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin. » (3.11)
Je prie pour que Dieu vous inspire des projets merveilleux qu’il passera au creuset (le mur) et fera mûrir en son temps afin que vous ayez vous aussi votre récompense.
GlàD
