en mâle de vivre
En mâle de vivre
On t’a « cassé ta motogodille
Maintenant, t’as plus qu’à » te tuer (Antoine, chanteur éclair des années 70)
Je suis si lasse de mon corps
Qui me brasse, me trace, m’angoisse
Chaque jour, chaque instant, c’est mon dé-corps
Je voudrais le laisser comme une vieille poisse
Et en retrouver un
Dans lequel je serai bien
Je suis blessée dans mon cœur
A cause des méfaits que j’ai laissé faire
Sur mon corps, c’est l’enfer
Je cherche une issue
Mais c’est encore pire
Automutilation tu me tues
Et je montre un visage de rires, délire
Je ne peux plus être une femme
Trop blessée, abusée, déformée,
Trop fatiguée, dépitée, usée
Par le Mâle qui se croit tout permis
Par l’homme à qui tout sourit
Quand il a tiré son coup
Que se soit avec consentement ou pas
Lui il dort, ou alors s’habille et s’en va.
Mais l’atterrissage est obligatoire
Puisque j’ai décidé de vivre, malgré mes déboires.
Je suis une femme, point barre
Je ne suis pas un mâle, et c’est une tare.
Lui, il peut tout faire, il a carte blanche
Elle, elle doit se taire, elle a sa carte bleue, quel leurre !
Lui, quand il force une femme
C’est un bon pur-sang ! quelle énergie !
Elle, quand elle est forcée
C’est qu’elle l’a bien cherché !
Comédie humaine, comédie haleine
Lui, on lui apprend à mettre des capotes
Pour se protéger,
Elle, on la traite de salope
Et elle doit avorter !
Comédie humaine, comédie tragique
Lui, dit-on à elle, doit supporter
Les responsabilités
Elle, dit-on à lui, doit soulager, encourager
Jusqu’au bout de ses capacités
Sinon, on dit qu’elle n’est pas une bonne mère
Lui, pendant ce temps,
Il enfile ses pantoufles et râle
Sur le choix du menu préparé
Par elle, en trombe après avoir
Autant travaillé que lui, après avoir
Fait les courses pour le repas qu’il mangera
Tiède parce qu’il n’arrive pas
Quand elle appelle quand c’est prêt
Lui, il regarde la télévision en disant chut !
Elle est tout le temps debout car
Lui instille à petites doses ce qui Lui manque
Elle mangera froid et seule
Lui, il s’installera tranquillement pour une soirée TV calibrée
Elle fera la vaisselle, lancera une lessive, préparera
Le café de Monsieur qui ne lui a pas encore adressé la parole
Pourquoi faire ? il aura besoin d’elle plus tard voyons !
Elle est épuisée, mais il faut encore s’assurer
Que la progéniture a fait ses devoirs,
Etendre le linge et plier du linge, voire le repasser.
Il éteint la TV en écrasant sa dernière clope
Dans le cendrier plein qu’il ne pensera même pas
À vider
Elle est vidée et c’est son premier moment de calme
Il est 23h…
Tout à coup, elle existe pour lui
Il lui faut bien un trou à pénétrer !
Allez, tu viens on va au lit !
Ce n’est pas une invitation agréable,
C’est un ordre à peine déguisé.
Elle tente la résistance
Il tente le chantage
Elle s’écrase
Comme sa vie s’écrase en bout de piste.
Je ne peux plus être une femme
Trop blessée, abusée, déformée,
Trop fatiguée, dépitée, usée
Par le Mâle qui se croit tout permis
Par l’homme à qui tout sourit
Quand il a tiré son coup
Que se soit avec consentement ou pas
Lui il dort, ou alors s’habille et s’en va.
Mathilde et son dragon
