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sublime idiotie vs belles paroles de sagesse

par mathilde

publié dans le billet d humeur de mathilde

sublime idiotie vs belles paroles de sagesse

Je suis tombée dedans!

Oui, dès mon jeune âge, j'ai baigné dans la philosophie décalée de Nasr Eddin Hodja, appelé Goha en Egypte. Puis il y a quelques années, j'ai découvert la compilation complète ou presque de Jean-Louis Maunoury - j’ai lu, bu, savouré et aimé lire toutes ces histoires qui ont bercées mon enfance. Je vous invite à lire ce formidable recueil d’un fou sage ou d’un sage fou (qu’importe, dit-on en Orient, la folie rejoint la sagesse !). Malgré une tradition post christique qui voudrait que les racines de Nasr Eddin Hodja soit originaire de Turquie, d’Anatolie plus précisément, les sources les plus sûres n’en sont pas du tout certaines.

Je citerai ici le début de l’introduction qui me parait bien présenter le personnage de Nasr Eddin Hodja, ainsi que de la subtilité des termes qui, en Occident semblent de la grande sagesse énigmatique, alors qu'en Orient, on appelle cela de la sublime idiotie :

« Un texte très ancien décerne à l’arrache le titre de « idiot complet ». Il ne faut pas se méprendre : cette qualification n’est pas un blâme mais un éloge. Elle ne signifie pas que l’âge soit complètement idiot, selon l’expression usuelle, mais bien plutôt qu’il est temps « idiot accompli ». Comme d’autres accèdent à l’illumination, il aurait atteint le stade suprême – sublime – de l’idiotie.

Mais de quelle sorte d’idiotie ? Existerait-il une forme de sottises ou d’ignorance dans laquelle on pourrait exceller sciemment en quelque sorte ?

Voici l’une des « perles » que nous propose notre héros…

 

"Nasr Eddin a pensé toute la journée aux brochettes de moutons que sa femme Kadidja lui a préparées pour le dîner. Quand il rentre le soir, pas de trace de kebab. C’est le chat qui l'a volé et mangée, prétend la maîtresse du logis. Nasr Eddin se saisit alors du matou qui dort dans un coin, le soupèse puis constatant l’égalité entre l’animal et le morceau de viande disparue, il énonce cette énigme : « si c’est le chat que je tiens, où est passée la viande; si c’est la viande, où est passé le chat ? »

Naturellement, si l’on pesait Khadîdja, l’énigme serait vite résolue ! Nasr Eddin Hodja n’est pas dupe de sa PERLE.gifméthode, laquelle exclut ou plutôt dévoie le principe rationnel de mesure, qui ne relève jamais que du relatif, consiste à faire surgir la vérité de l’absurde – soit d’une valeur qui ne se refère, à sa manière, qu’à l’absolu. Il feint de ne pas remarquer l’évidence du mensonge, éludant ainsi un débat qui ne pourrait se conclure que dans la trivialité des rancœurs et des reproches, si fondés que fussent ces derniers, pour faire éclater d’autant mieux la vanité, l’absurdité du mensonge de tous les mensonges. Ce renversement insidieux de l’ordre normal des choses n’apporte certes pas à l'affaire une « solution » (le voleur menteur n’est pas puni, tout juste moqué, et de si subtile façon…). Mais se révèle en pleine lumière à l’œil du lecteur témoin, sous la forme d’une énigme apparemment insoluble, l’inanité de toute entreprise humaine..»[2]

Dans ce contexte, la grande et sublime sagesse ne se retrouve-t-elle pas au même endroit que la grande idiotie sur le cercle de la mesure sagesse vs folie?

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