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"même si je dois mourir, je préfère sortir d'ici!"

par mathilde

publié dans reportage lilas

Aujourd'hui, 16h30, 34C, il fait chaud. Je me réfugie à la "caf" de BI, décidée à trouver un sujet d'écriture proactive pour ma guérison. La page reste désespérément blanche... et en plus, y a ce gars qui hurle tout seul, enfin non il parle... à sa bouteille de coca; moi, j'arrive pas à me concentrer. Alors machinalement, j'écris ce qu'il dit et ca donne ca:

 

" Même si j'dois mourir, j'préfère sortir d'ici!"

 

Quelque chose me touche et me trouble dans son monologue, alors je continue à écrire sous dictée:

 

"J'leur ai dit que moi, j'POUVAIS pas vivre SEUL! On m'a sorti de la rue et maintenant?!

J'leur ai dit ce qui est arrivé dans ma vie...

Moi, j'suis venu LIBRE ici moi!

Et maintenant?

Ils font comme s'ils comprennaient pas!

(entre temps, un infirmier de son unité est venu tranquillement s'asseoir en face de lui)

J'vous mens pas M'sieur! (angoissé)

Laissez-moi AU MOINs sortir une demi-heure?!!

S'il vous plait M'sieur (encore plus angoissé, comme un enfant qui a peur de ne pas obtenir ce qu'il demande)

J'ai travaillé dur TOUTE ma vie, j'ai tout donné, tout M'sieur! On m'a volé ici!

On m'a dit ici:"Vous avez mal compris, vous être SOURD!"

Vous savez, toucher des gens, c'est pas c'qui fait le plus mal*

J'vous mens pas!

Ma fille a pleuré pour moi...

Moi, j'suis mort pour mes enfants (immense tristesse et honte)

ALORS, vous voyez, vous pouvez l'appeler la sécurité! J'veux plus rien savoir! (on sent de la rage grandissante)

MOI, je veux me sentir libre toute la journée, PARCE QUE JE N'AI FAIT AUCUN MAL

(il voit passer furtivement une jeune fille qui quitte discrètement la terrasse de la caf)

Mon Dieu! Elle ressemble à ma fille!

(Il file derrière elle avec espoir et angoisse) - Attends-moi! Attends-moi! (beaucoup d'émotions dans la voix)

(il la rattrape) Oh pardon Mademoiselle! Ma fille était plus mince que vous...Excusez-moi

(l revient à la table, l'infirmier devant lui, extrêmement calme, lui offre une cigarette)

J'te ments pas! j'te jure! J'peux pas subir de rester seul....

J'ai rien contre vous M'sieur. J'te jure, si je dis c'que j'sais, l'l'hôpital peut être fermé!

J'ai du aller chez le médecin avec des habits dégulasses.(il se lève et s'éloigne peu à peu, alors que l'infirmier lui demande, sans succès de le suivre):

J'veu aller à la cure (la chapelle), dans une église, y z'onts pas l'droit d'rentrer. J'suis pas baptisé mais vous pourrez pas rentrer....

 

*M. a été poussé parterre par un sécuritas qui, au lieu d'atttendre le renfort, à fait face à la colère de M. et une bagarre a éclaté...

 

Puis il est trop loin, j'entends plus assez précisément pour retranscrire...

 

Oh la la le miroir pour moi! J'aurai presque pu dire LA MEME CHOSE QUE lui!!!!!

 

Quelques points qui m'ont envoyés dans les décors des corps refoulés, souffrants et poussifs.

 

- je retrouve l'immense sentiment de solitude dont je souffre aussi: il a visilement accepté de venir ici PARCE qu'il ne pouvait plus vivre seul dans la rue....Il pensait sincèrement que sa condition serait meilleure ici... balivernes

- je retrouve le sentiment bipolaire de la confiance trahie:

  la confiance trahie par l'institution et le fait qu'il serait mieux ici...

  la confiance qu'il a trahie face à despersonnes chers quant il a vécu dans la  rue...

- Je retrouve la peur de l'avenir ("et maintenant quoi"?). c'est bizarre on dit maintenant quoi, mais on voit plus loin. si je vois pas maintenant l'utilité d'une hospitalisation, que sera demaiin?

 

de toute facon, ne nous demandons-nous pas, ou qu'on soit de quoi demain sera-t-il fait?

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