Partager l'article ! le joueur de rire: Le joueur de rire I ...
Le joueur de rire
|
I |
l était une fois il y a bien longtemps un joueur de flûte qui aimait voyager dans le pays. Il se baladait dans les champs, rencontrer des gens nouveaux, découvrir de nouvelles mentalités, s'inspirer de la nature pour jouer de la flûte.
Il aimait rester quelque temps dans chaque ville ou village qu’il traversait sur son chemin.
Un jour, il arriva au pays de Boshen, à l’ouest du continent. Le premier village qui rencontra fut Lachenshaft. C’était un village adossé à la montagne, et dont les maisons avaient l’air de se serrer l’une contre l’autre pour ne pas avoir froid. Un mur d’enceinte bien conservé et entretenu donnait également l’impression que le village se sentait menacé. Il fut intrigué dès la première minute : de quoi les habitants de ce village avait-il peur ?
Avant d’entrer dans le village, il décida de jouer un peu avec sa flûte qu’il emportait partout : faut dire que c’était son gagne pain ! Il aimait jouer des morceaux joyeux, car partout où il passait, sa joie était contagieuse. Après avoir mangé le dernier bout de pain rassis qui lui restait, il se décida à entrer dans le village.
|
L |
a porte de la « forteresse » témoignait d’une peur de l’inconnu : étroite et fortifiée, dont les traits étaient fermés ; Le soldat ne tarda pas à demander la raison de la visite de l’étranger.
- Je suis un joueur de flûte itinérant et je demande hospitalité pour quelque temps dans votre ville, et pour appuyer sa requête ajoute, qu’elle a l’air fort accueillante. D’accord, il mentait très mal…
- Et que cherchez-vous en fait chez nous ? Demanda un peu suspicieux le garde formé à toute attaque de l’extérieur.
- Je ne cherche rien. J’apporte. Répondit le joueur de flûte très sûr de lui et souriant.
- Mais qu’apportes-tu donc étranger ? Reprit le garde le sourcil de plus en plus bas. Nous n’avons besoin de rien ni de personne! passe ton chemin car nous ne voulons pas d’étrangers ici !
- Me permettez-vous alors de recevoir l’hospitalité pour une nuit ? Les loups ont faim à l’extérieur !...
- Un peu rassuré par le fait que l’étranger n’insiste pas plus que cela, le gardien du village l’autorisa à entrer, répétant bien juste pour UNE nuit.
Le joueur de flûte endossa ses bagages et entra, joyeux, dans le village.
Les rues étaient basses et chaque maison était bien ordonnée : des balcons fleuris aux fenêtres, des rideaux blancs qui cachaient l’intérieur, chacun avait balayé devant sa porte, mais quelque chose lui semblait bizarre. Continuant à se balader dans le village, il constata qu’aucun oiseau ne chantait, qu’aucun bruit n’émanait des maisons … Mais pire : qu’aucun enfant ne riait, malgré leurs jeux à l’extérieur.
Le village était construit, non pas autour d’une église (ce qui serait étonnant pour l’époque), mais toutes les rues se terminaient sur une place qui semblait avoir été abandonnée depuis plusieurs dizaines d’années, voire plus !
La place était entourée de platanes dont la taille n’avait plus été faite depuis bien longtemps. Ils ressemblaient à des colonnes romaines déformées entourant l’agora dont les pavés, soulevés par la terre et l’herbe sauvage, donnait à cet espace un air de ruines gréco-romaines… Le lierre, le gui, et toutes sortes d’autres mauvaises herbes envahissaient aussi bien le sol, que les platanes.
Au centre, comme une sorte d’autel étrange, une sorte de grande table en granite rose posée elle-même sur un socle de granite noir beaucoup plus petit, et fendu en deux par son milieu… Le joueur de flûte s’approcha de l’autel, avec une curiosité exacerbée : une place du village abandonnée, un autel de granite qui, visiblement, a servi pour des sacrifices réguliers et sanglants ; probablement des animaux sacrifiés pour apaiser les cieux inconnus du joueur mais vindicatifs lors d’un culte visiblement assez barbare.
-Étrange, étrange ! Se dit le joueur de flûte en caressant sa barbe. C’était comme s’il devait découvrir un mystère longtemps enfoui dans les mémoires des habitants de Lachenshaft. Mais pour lui, étrange n’était pas synonyme de peur, plutôt un bon goût de défi ! Il y avait dans ce village quelque chose à découvrir!
|
I |
l choisit pour passer la nuit et étant donné qu’il ne connaissait pas ce village, une haie bien fournie, pour se protéger en cas de pluie. Sa paillasse déroulée, installé, il senti que quelqu’un observait et il remarqua de petits yeux, puis quatre…
- Bonjour les gamins dit-il, habitué à être surveillé. Comment ? Vous n’êtes pas encore couchés, ajouta-t-il sur un ton volontairement obséquieux et sévère.
- Ben…euh … entendit-il à quelques mètres de lui. Puis plus rien. Quelques chuchotements plus tard, il sortit une dizaine d’enfants curieux de la présence de cet étranger.
- Bonjour M’sieur ! Répond-t-il le plus courageux d’entre eux.
Le joueur de flûte fut scruté sous tous les angles. C’est qu’il n’avait pas l’air très… Enfin euh… riche quoi. Un simple pantalon usé, raccommodé de toutes parts et une « chemise » taillé grossièrement dans un bout de jute, certainement récupéré quelque part. Son pauvre bagage rudimentaire parlait tout autant de sa condition : un baluchon en drap de lin, dans lequel se trouvait une paillasse tressée il y a déjà bien longtemps.
L’homme tenta une première sortie en demandant aux enfants :
- Eh les enfants, vous voulez que je vous joue un peu de flûte ? En guise de réponse, les gamins se mirent en rond autour de lui et firent mine d’attendre. Il leur joua une bonne partie de son répertoire, là, près de l’autel esquinté par le temps. On pouvait deviner du plaisir dans les yeux des gamins mais aucun ne sourit ni ne rit. Etrange. Car n’oublions pas que son répertoire avait pour but de faire rire, danser et rendre les gens heureux, un moment, ce moment-là.
- Dites-moi les enfants, c’est interdit de rire ici ?
Le plus hardi, se tournant dans tous les sens pour s’assurer qu’aucun adulte n’écoutait répondit :
- M’sieur, on n’a jamais eu le droit de rire ici, c’est INTERDIT.
- Pourquoi demanda le joueur de flûte ?
- C’est interdit, c’est tout. Nos parents, nos grands-parents et nos arrières grands parents et même plus loin, toujours (l’enfant baissa la tête), n’ont pas pu rire non plus.
La conversation se stoppa net sur ces paroles. Un adulte arriva et les enfants se diluèrent dans la nature comme du sucre dans du café. Celui-ci, hypocrite, s’enquit de savoir si l’hôte était bien installé puis, par un regard circulaire, fit bien comprendre aux enfants qu’ils n’avaient plus intérêt à approcher l’inconnu. Ses pas résonnèrent sur les pavés de la place puis plus un bruit.
La nuit était tombée. Le joueur de flûte décida de s’enquérir de ce mystère le lendemain et s’endormit aussi paisiblement que possible dans un pays vraiment spécial.
|
L |
e lendemain, le joueur de flûte fut brutalement réveillé aux aurores par le gardien de la porte. Celui-ci voulait qu’il eut disparut avant le lever des habitants. Comment faire alors pour découvrir le mystère s’il ne peut pas rester ? Pendant que le garde relâchait sa surveillance, il prit un gros bout de bois et se cassa la jambe, feignant d’être tombé dans un trou. Le gardien, n’y voyant que du feu s’enquit de l’état du voyageur et constata lui-même qu’il ne pouvait plus voyager dans cet état. Comme le gardien était robuste et le joueur de flûte très malingre, il le transporta sans problème dans la maison du « médecin-sorcier » du village. Après quelques incantations, il lui mit une attelle à la jambe et lui donna deux cannes pour marcher.
- 3 jours de repos complet lui seront nécessaires dit le médecin-sorcier au garde bien embêté. Il ne pourra repartir que dans une semaine au minimum.
Le regard du gardien s’assombrit lorsqu’il vit la joie du joueur de flûte. On l’installa dans une grange avec les animaux, là, au moins il aurait chaud sans bouger trois jours. Il devint très vite en quelque jours l’attraction du village : un étranger peut rester, il a peut-être des choses à raconter, c’est peut-être un conteur ? Et effectivement, cloué au lit, le joueur de flûte alterna entre la musique et les contes de pays lointains. Les gens étaient fascinés par son entrain et sa bonne humeur, mais restaient impassibles et de glace alors que d’autres auraient rit aux éclats. C’est surtout les enfants qui étaient son public car les adultes avaient peur. Mais peur de quoi ? Il fallait qu’il découvre pourquoi les adultes et les enfants ne pouvaient pas rire.
Il se dit que, peut-être, s’il rassemblait le village sur la place, cela ferait du bien à tous. Alors il annonça que dans 3 jours, il ferait un spectacle et fit colporter la nouvelle par les enfants du village. Il se prépara tant bien que mal avec sa jambe cassée et demanda un peu d’aide aux enfants pour animer la place. Chacun et chacune y mit du sien pour faire : certains firent des guirlandes, d’autres des petits nettoyages de pavés, etc. Mais la place restait misérablement misérable, malgré tout. Le soir venu, tout était prêt. Les enfants étaient aux premiers rangs et… personne n’est venu. Personne.
- Ce n’est pas grave se dit-il, je fais quand même mon spectacle, pour les enfants…
Et de tours de magie en pitrerie musical, le joueur de flûte permit aux enfants d’être bien, détendus. Mais aucun ne pouffa de rire. Triste soirée. Et en plus, il avait très mal à sa jambe. Tout au moins espérait-il que quelques adultes écoutaient ou regardaient à leur fenêtre par leurs rideaux blanchies.
|
A |
près les 3 premiers jours passés immobiles comme prévu, il déambulait dans les rues du village, à la recherche du mystère disparu. Car ici, tout le monde refusait d’en parler et disait ne pas s’en souvenir. Tous le monde avait peur de quelque chose sans savoir exactement quoi. Tous ? Enfin presque car une très très vieille dame connaissait l’histoire du village comme sa poche. Carmine s’était retirée un peu dans les maisons d’en-haut et ne désirait parler à personne, elle vivait sa petite vie seule et simple et tout le monde le comprenait. Le joueur de flûte avait été informé que Carmine était la gardienne de l’histoire mais il recevait toujours la même réponse : ce n’est pas la peine de lui demander quoi que ce soit : elle est muette depuis sa tendre enfance.
Mais un soir, Carmine vint le voir en cachette et s’installa auprès de son feu. Elle regardait uniquement le feu et fit comme si l’homme n’était pas là. Il se passa un temps interminable avant que quelque chose ne se passe. Elle commença lentement une étrange histoire, comme si elle la livrait pour la première fois :
- Il y a fort fort longtemps dans notre village vivait un sorcier très puissant, Eusébius. Petit à petit, il devint aussi le chef du village. Normal : il était quasi vénéré de tous ici. Il ordonna qu’on reconstruise le village pour que chaque rue se termine sur la place du village, haut-lieu où il faisait ses sacrifices en présence de toute la population. Au début, ses prédictions et ses bénédictions retombèrent sur le village entier et tout le monde en bénéficiait largement. La vie était tranquille et heureuse à Lachenschaft. Mais, en vérité, chacun tremblait à son passage sombre comme son ombre. Et puis un jour, ce fut le drame. Eusébius, le sorcier, fut en colère car une personne n’avait pas fait ce qu’il avait demandé. Il punit sur le champ la personne en la rendant aveugle. La joie quitta progressivement le village, remplacée par la peur et la colère. Puis ce fut une seconde personne qui fut maudite en perdant la parole. Puis une troisième et une quatrième. Eusébius fut tellement en rage de voir l’insubordination de plus en plus généralisée à ses propres règles qu’’il quitta le village en invoquant tous ses dieux. Ceux-ci, en guise de réponse détruisirent la table de sacrifice et mirent le feu à la place. Il partit hors de lui mais content de la « punition »infligée au village.
- Et quelle punition fut infligée au village alors ?
Il n’osait presque plus respirer car La tension était au plus fort, le joueur de flûte touchait presque son but, il ne fallait pas effaroucher Carmine qui seule conservait ce secret ancestral…
- En quittant le village, il aspergea toutes les portes et fenêtres de sang d’animaux sacrifiés en maudissant le village connu à des lieues à la ronde pour être le plus joyeux, accueillant et aimant rire. Dès maintenant, plus un seul animal de la région ne pourraient chanter ou s’ébattre en paix, plus aucun villageois ne pourrait ou sourire (comme une capacité perdue) et ce jusqu’à ce que… (un étranger arrive à faire danser les habitants du village sur la place rénovée – pas dit à ce moment là).
- Jusqu’à ce que quoi demanda-t-il impatient mais en se refreinant ?
Carmine n’ouvrit plus jamais la bouche dès ce moment –là. Elle se leva tranquillement, toujours sans regarder le joueur de flûte et remonta dans sa maison en-haut du village.
|
L |
e joueur de flûte resta perplexe bien longtemps : il avait la moitié du mystère et surtout il lui manquait la solution, vitale pour défaire la malédiction d’Eusébius. Que faire ? Il regardait crépiter le feu tout en réfléchissant. Quelques enfants s’approchèrent de lui.
- Dis-nous, joueur de flûte, ton spectacle était fantastique l’autre jour. Ne peux-tu recommencer une fois, rien qu’une fois encore jouer et nous faire danser tous ensemble avec les adultes ?
- Je veux bien petit, dit-il en secouant la petite frimousse, mais personne n’a envie de se déplacer, ni de chanter, ni de danser. Comment les entrainer à venir ?
- Et si nous et toi, on remettait à neuf la place du village pour qu’elle soit accueillante et joyeuse ? on est nombreux et on peut le faire en 3 jours puisqu’après tu dois partir…
Le joueur de flûte regarda l’enfant enthousiaste et à cause de celui-ci, il accepta sa proposition. Tous les gamins se mirent au travail.
Cette fois-ci, il ne s’agissait plus de petits nettoyages, mais bien d’une remise à neuf de la place entière. Le joueur de flûte fit savoir qu’il allait, juste avant de quitter le village remercier chacun en donnant une petite représentation sur la nouvelle place du village toute rénovée. Beaucoup furent intrigués par le projet gigantesque en si peu de temps. Certains décidèrent même de donner discrètement un petit coup de main grâce à leurs outils appropriés.
Il fallait redresser la table de sacrifice et la faire tenir, même fendue, sur son socle en bien mauvais état. Les pavés avaient été déplacés ou fendus par les mauvaises herbes. Il fallait entièrement désherber la place et remettre les pavés à leurs places, même fendus. Le travail fut ardu et rude pour tous, mais surtout pour le joueur de flûte qui avait toujours la jambe cassée. Au bout de 3 jours, le travail de fond avait été fait, la table reluisait sur son socle réparé tant bien que mal et les pavés étaient en place. Il restait la décoration et la taille des platanes tout autour de la place. Aucun enfant ne pouvait faire ce travail.
Alors, courageusement, le joueur de flûte monta dans le premier platane et avec une faucille coupa les branchettes, les branches folles pour donner forme aux arbres. Un habitant, voyant le courage et la peine que se donnait le joueur de flûte pour son village le relaya très vite, puis un second et un troisième et la place fut nette pour la représentation du soir même.
Le joueur de flûte était exténué. Il alla se coucher dans l’herbe un peu plus loin. Il réfléchit à ce que Carmine avait dit : jusqu’à ce que….. Quoi ? Il avait maintenant ce village à cœur mais ne savait pas comment délier les habitants de la malédiction et il devait jouer ce soir… avec sa jambe endolori et un tout petit moral. Il allait partir demain sans avoir pu aider le village. Depuis sa position allongée, il regardait le ciel et demandait silencieusement une solution, une solution……il but une gorgée d’eau dans sa gourde en peau de chèvre.
Le soir venu, le joueur de flûte était prêt. Il appela tous les enfants comme la première fois et ils se mirent impatients autour du joueur qui s’était installé cette fois carrément sur la table réparée. Il commença son spectacle mais aucun adulte ne se présenta, bien qu’ils ne fussent pas loin à son avis.
Alors il arrêta net son spectacle et s’adressa aux habitants du village :
- Oyez, oyez, bonnes gens du village de Lachenschaft. Je connais le secret qui vous empêchent de rires, venez au spectacle et vous saurez.
Puis il reprit son spectacle comme à l’accoutumée. Et ce qu’il espérait se produisit : les gens, trop intrigués par cette nouvelle s’approchèrent de la place et s’assirent. Comme si de rien était, il continua, il voulait voir tout le village. Carmine descendit de sa maison et s’installa ce qui motiva ceux qui étaient encore réticent : si Carmine est là, c’est que ce petit bonhomme étranger dit vrai.
Puis soudain, il s’arrêta à nouveau et dit :
- Avez-vous entendu parler d’Eusébius, le sorcier ?
Certains tremblèrent. D’autres étaient juste intrigués. Certains connaissaient la vérité, d’autres attendaient une réponse à des questions en suspens depuis des générations car tous avaient envie de retrouver l’entrain qui faisait la renommée du village.
- Eusébius a régné durant trop longtemps sur ce village avec sa malédiction. Il ne voulait plus que vous riiez sous peine d’être maudit. Il y a une solution et seule Carmine détient la réponse. Demandez-lui si ce n’est pas vrai.
Une rumeur monta depuis les spectateurs et tous se tournèrent vers Carmine qui restait de glace mais approuvait avec la tête. Puis ce fut une sorte de terreur qui remplissait les rangs : ce joueur de fûte était-il un sorcier lui-même ?
- Non, répondit-il, je ne suis pas sorcier, je suis un simple joueur de fûte. Mais de ma vie entière, je n’ai vu un village entier privé de rire ou de joie. Je suis resté avec vous quelques jours et, même si personne ne s’est plaint, j’ai senti la souffrance d’une telle contrainte. Carmine m’a raconté une partie de l’histoire mais ne m’a pas donné la solution. Je pense qu’il est tant que cela cesse une bonne fois pour toute. Carmine, je vous invite à venir donner la clé de l’énigme.
- Non, dit Carmine, je ne peux pas. Les choses doivent, selon la malédiction, se faire selon son plan démoniaque et je ne peux pas dire la suite. Carmine semblait anéantie, mais une lueur d’espoir restait au coin de ses yeux.
Sur ce, pour détendre l’atmosphère et parce qu’il n’y avait rien à faire d’autre, le joueur de fûte joua des musiques gaies et entrainantes. Les enfants se levèrent et firent une ronde autour du joueur de fûte. Plus il jouait et plus les enfants avaient du plaisir et plus il jouait, plus les adultes regardaient le spectacle avec des yeux compatissants. Puis le chef du village se leva lui aussi et entraina sa femme dans la farandole. A son exemple, plusieurs villageois bien placés se levèrent et en firent de même. Les enfants riaient et personne ne les en empêcha en ce soir très particulier. D’autres, réticents et craintifs, regardaient la scène d’un très mauvais œil : trop de malédictions s’étaient abattues sur le village pour en avoir une ou des nouvelles à cause de cet étranger bizarre.
Mais le vent de la danse finit par s’amplifier et finalement, tout le village était debout autour de l’autel à danser et à chanter, comme autrefois. Le joueur savait qu’il ne devait pas s’arrêter mais sa jambe lui faisait tellement mal qu’il finit par faire une pause. Tout le monde reprit son souffle et c’est là que Carmine intervient en montant sur l’autel à coté de l’artiste :
- Jusqu’à ce que … un étranger réussisse à faire danser tout le village autour de l’autel de la place.
Un grand silence s’établit.
- Le sorcier était convaincu que personne ne viendrait et encore moins remonterait la place du village comme vous l’avez si courageusement fait, malgré notre attitude déroutante et votre jambe cassée.
Nouveau silence
- Joueur de flûte étranger, vous venez de nous délier de la malédiction du sorcier.
Des éclats de voix et de rires, des soupirs et des émois montèrent et se mêlèrent.
- Désormais étranger, vous ne l’êtes plus chez nous dit le chef du village, revenez quand vous voulez et désormais, on ne vous appellera plus joueur de flûte, mais joueur de rires.
Derniers Commentaires